La sélection génétique des reines d’abeilles en France s’appuie sur plusieurs méthodes complémentaires – la sélection massale, la sélection généalogique et, plus récemment, la sélection génétique-génomique – et sur un réseau structuré d’éleveurs, dont l’ANERCEA, association qui publie depuis 1979 la revue Info-Reines et fédère aujourd’hui environ 940 membres, professionnels comme amateurs éclairés. Loin d’être une activité de niche, cette sélection façonne directement la douceur, la productivité et la résistance des colonies que les apiculteurs achètent chaque année.

Points clés à retenir
- Plusieurs méthodes de sélection coexistent en France : naturelle, massale, généalogique et génétique-génomique, cette dernière étant la plus récente et la plus précise.
- L’ANERCEA, association française dédiée à l’élevage et à la sélection des reines, publie la revue Info-Reines depuis 1979 et fédère environ 940 membres.
- L’insémination artificielle permet un contrôle total de la fécondation, contrairement à l’accouplement naturel en vol nuptial où la reine se reproduit avec des mâles non choisis.
- Le réseau français de sélection associe éleveurs de reines, stations de fécondation, instituts de recherche comme l’INRAE et l’ITSAP, et les conservatoires dédiés à l’abeille noire.
- Les critères recherchés par les éleveurs incluent la douceur, la productivité, la résistance au varroa et une moindre tendance à l’essaimage.
Sommaire
- Les différentes méthodes de sélection
- Le rôle de l’ANERCEA dans la sélection française
- L’insémination artificielle, un outil de précision
- Le réseau élargi : INRAE, ITSAP et les conservatoires
- Ce que recherchent les éleveurs de reines
- Comparatif des méthodes de sélection
- Questions fréquentes
- Conclusion
Les différentes méthodes de sélection
La sélection dite naturelle laisse la colonie elle-même déterminer ses reines de remplacement, sans intervention humaine sur le choix génétique. La sélection massale consiste à choisir les colonies les plus performantes d’un cheptel selon des critères observables (douceur, production, résistance aux maladies) pour en multiplier les reines, sans nécessairement tracer précisément la généalogie de chaque lignée. La sélection généalogique va plus loin, en suivant sur plusieurs générations la filiation des reines retenues, afin de consolider certains caractères dans la durée. La sélection génétique-génomique, la plus récente, s’appuie sur l’analyse directe du matériel génétique pour identifier des caractères d’intérêt avant même de pouvoir les observer sur le terrain.
Le rôle de l’ANERCEA dans la sélection française
L’ANERCEA structure une bonne partie de l’activité de sélection en France : l’association propose des formations sur l’élevage de reines, l’insémination instrumentale et les techniques de sélection génétique, publie depuis 1979 la revue trimestrielle Info-Reines entièrement dédiée à ce sujet, organise des journées d’étude deux fois par an, et tient à jour un annuaire des éleveurs de reines permettant aux apiculteurs de trouver une génétique adaptée à leurs besoins. Avec environ 940 membres, l’association couvre un spectre large, du professionnel à l’amateur déjà bien formé.
L’insémination artificielle, un outil de précision
L’insémination artificielle des reines permet un contrôle total sur la paternité génétique d’une colonie, à l’inverse de l’accouplement naturel : lors d’un vol nuptial classique, la reine s’accouple en plein vol avec de nombreux mâles issus de colonies environnantes, sur lesquels l’apiculteur n’a aucune maîtrise. L’insémination instrumentale permet au contraire de choisir précisément la lignée des mâles utilisés, un outil indispensable pour consolider un caractère génétique particulier sur plusieurs générations sans dépendre du hasard des accouplements en plein air.
Le réseau élargi : INRAE, ITSAP et les conservatoires
Au-delà des éleveurs eux-mêmes, la sélection génétique apicole française s’appuie sur un réseau plus large associant des instituts de recherche comme l’INRAE et l’ITSAP-Institut de l’abeille, des stations de fécondation contrôlée, et des conservatoires dédiés spécifiquement à la préservation de l’abeille noire d’Europe, décrite dans notre article sur l’abeille noire d’Europe. Ces conservatoires jouent un rôle particulier : ils cherchent à préserver un patrimoine génétique local plutôt qu’à optimiser un seul caractère de performance, une logique de sélection différente mais complémentaire de celle des éleveurs commerciaux.
Ce que recherchent les éleveurs de reines
Les critères recherchés par les éleveurs de reines varient selon les objectifs, mais reviennent le plus souvent sur quelques constantes : la douceur de la colonie, un critère de sécurité pratique pour l’apiculteur lors des manipulations ; la productivité en miel ; une moindre tendance à l’essaimage, décrite dans notre article sur la biologie de l’essaimage ; et, de plus en plus, une meilleure résistance ou tolérance au varroa, l’un des enjeux sanitaires majeurs de l’apiculture contemporaine.
Comparatif des méthodes de sélection
| Méthode | Niveau de contrôle | Traçabilité généalogique | Complexité |
|---|---|---|---|
| Naturelle | Aucun | Aucune | Faible |
| Massale | Choix des colonies performantes | Limitée | Modérée |
| Généalogique | Suivi sur plusieurs générations | Élevée | Élevée |
| Génétique-génomique | Analyse directe du matériel génétique | Très élevée | Très élevée, outils spécialisés |
Questions fréquentes
Un apiculteur amateur peut-il pratiquer la sélection génétique ?
Oui, à l’échelle massale au minimum, en choisissant de multiplier les reines de ses colonies les plus performantes ; les méthodes généalogiques ou génomiques restent en revanche surtout pratiquées par des éleveurs spécialisés disposant d’un cheptel suffisant.
Pourquoi ne pas laisser toutes les reines s’accoupler naturellement ?
L’accouplement naturel reste parfaitement viable pour la majorité des apiculteurs, mais il ne permet aucun contrôle sur la génétique des mâles, ce qui rend plus difficile la consolidation durable d’un caractère précis sur plusieurs générations.
Où un apiculteur peut-il trouver une reine issue d’une sélection reconnue ?
L’annuaire des éleveurs de reines tenu par l’ANERCEA constitue une ressource pour identifier des éleveurs pratiquant une sélection suivie, en complément des syndicats apicoles départementaux.
La sélection génétique menace-t-elle la diversité génétique des abeilles ?
C’est une préoccupation réelle, prise en compte notamment par les conservatoires dédiés à l’abeille noire, dont l’objectif est justement de préserver un patrimoine génétique local face à une sélection commerciale parfois centrée sur un nombre restreint de lignées performantes.
Quelle est la différence entre sélection massale et sélection généalogique ?
La sélection massale choisit les meilleures colonies visibles sans nécessairement suivre leur filiation précise sur plusieurs générations, tandis que la sélection généalogique trace et documente cette filiation pour consolider un caractère de façon plus rigoureuse dans le temps.
Conclusion
De la sélection massale la plus accessible à l’insémination instrumentale la plus pointue, la génétique des reines d’abeilles en France repose sur un écosystème structuré – éleveurs fédérés par l’ANERCEA, instituts de recherche comme l’INRAE et l’ITSAP, et conservatoires dédiés à la diversité génétique – qui façonne directement la qualité des colonies disponibles pour tout apiculteur, amateur ou professionnel.
Sources : ANERCEA, Mouch’à Miel, sélection génétique des abeilles : ce que nous dit la science.
Lectures complémentaires
- L’abeille noire d’Europe (Apis mellifera mellifera)
- La biologie de la reine des abeilles
- Remérage : comment introduire une nouvelle reine
Crédits photo: Photo : Irene Theodore, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.




