Le « chant des reines » désigne les sons aigus – couinements (« tooting ») et coassements (« quacking ») – émis par les jeunes reines vierges dans les jours précédant leur émergence, un signal acoustique que les apiculteurs expérimentés utilisent pour détecter un essaimage ou une supersédure en cours sans même ouvrir la ruche. Ce phénomène, documenté depuis plus d’un siècle en apiculture mais encore mal connu du grand public, complète les phéromones et les danses comme troisième grand canal de communication chez l’abeille domestique.

Points clés à retenir
- Le couinement (« tooting ») est émis par une jeune reine déjà sortie de sa cellule ; le coassement (« quacking ») est la réponse des reines encore enfermées dans leur cellule royale.
- Ces sons sont produits par vibration du thorax contre le support, transmis par le rayon plutôt que par l’air – on parle de signal vibro-acoustique.
- Un apiculteur qui colle son oreille contre la paroi de la ruche peut parfois entendre ce chant, surtout en période d’essaimage ou de supersédure.
- Le chant des reines est un indice fiable qu’une émergence de reine est imminente ou en cours – un signal utile pour l’apiculteur qui suit sa saison d’essaimage.
- Toutes les reines peuvent produire ce type de son à un moment ou un autre : la reine vierge, mais aussi parfois la reine fécondée en place, dans certaines circonstances.
Table des matières
- Tooting et quacking : deux sons, deux origines
- Comment le son est-il produit ?
- Dans quel contexte ce chant survient-il ?
- À quoi sert ce signal pour la colonie ?
- Un outil de diagnostic pour l’apiculteur
- Conclusion
Tooting et quacking : deux sons, deux origines
Le terme « chant des reines » recouvre en réalité deux sons distincts, désignés en anglais apicole par « tooting » et « quacking ». Le tooting (couinement) est émis par une jeune reine vierge déjà sortie de sa cellule royale, généralement la première à émerger. Le quacking (coassement) est la réponse qu’apportent les reines rivales, encore enfermées dans leurs propres cellules royales operculées, empêchées d’en sortir par les ouvrières tant que la première reine n’a pas quitté les lieux ou n’a pas été éliminée. Ce dialogue acoustique entre une reine libre et des reines encore captives est unique parmi les signaux de communication de la ruche.
Comment le son est-il produit ?
Le son n’est pas vocalisé au sens où l’entendent les vertébrés : il résulte de vibrations produites par la reine en contractant ses muscles thoraciques (les mêmes muscles utilisés pour le vol), le thorax étant pressé contre la cire du rayon ou la paroi de la cellule royale. Cette vibration se propage efficacement à travers la cire et le bois de la ruche – on parle de signal vibro-acoustique plutôt que sonore au sens strict – ce qui explique qu’un apiculteur puisse parfois le percevoir en collant l’oreille contre la paroi extérieure de la ruche, alors que le son porté par l’air seul serait beaucoup plus faible.
Dans quel contexte ce chant survient-il ?
Le chant des reines survient typiquement dans deux situations où plusieurs reines vierges sont sur le point d’émerger simultanément dans la même colonie : un essaimage secondaire (la colonie a déjà essaimé une première fois avec l’ancienne reine, et plusieurs jeunes reines se disputent la colonie restante), ou une supersédure (la colonie remplace sa reine en place sans essaimer). Dans les deux cas, l’enjeu est le même pour les jeunes reines : déterminer qui sortira la première et qui devra affronter les autres jusqu’à ce qu’une seule reine survive, un affrontement qui se conclut généralement par la mort des rivales moins rapides à émerger ou moins agressives.
À quoi sert ce signal pour la colonie ?
Ce dialogue sonore semble remplir une fonction de synchronisation et de signalisation de rivalité : il informe chaque reine de la présence de concurrentes, et informerait également les ouvrières de l’état d’avancement du remplacement de la reine. Le quacking émis par les reines encore captives, combiné au comportement des ouvrières qui les maintiennent enfermées, retarderait leur émergence tant que la première reine libre n’a pas quitté la ruche (avec un essaim) ou n’a pas éliminé ses rivales une à une – un mécanisme qui évite qu’un trop grand nombre de reines ne s’affrontent simultanément.

Un outil de diagnostic pour l’apiculteur
Pour l’apiculteur, entendre ce chant en approchant l’oreille de la ruche – une pratique documentée par plusieurs groupements de défense sanitaire apicole (GDSA) français comme méthode de terrain – constitue un indice fiable qu’une émergence de reine est imminente ou en cours, sans qu’il soit nécessaire d’ouvrir la ruche et de perturber la colonie pour le vérifier visuellement. C’est un complément utile aux inspections visuelles régulières de cadres à couvain, particulièrement utile en pleine saison d’essaimage lorsque des visites trop fréquentes dérangent inutilement la colonie. Pour la conduite pratique de l’essaimage et son lien avec la danse frétillante et le choix du nouveau site, voir notre article sur la communication de l’emplacement de la ruche.
Conclusion
Le chant des reines – couinements et coassements combinés – complète les phéromones et la danse frétillante comme un troisième canal de communication distinct chez l’abeille domestique, propre aux moments critiques de remplacement de la reine, et offre à l’apiculteur attentif un signal auditif simple et non invasif pour suivre l’état de sa colonie en période d’essaimage.
FAQ
Qu’est-ce que le « chant des reines » chez les abeilles ?
Ce sont deux sons distincts émis par les jeunes reines vierges avant leur émergence : le tooting (couinement), émis par une reine déjà libre, et le quacking (coassement), la réponse des reines encore enfermées dans leur cellule royale.
Comment une reine produit-elle ce son sans voix ?
Par vibration : elle contracte ses muscles thoraciques (les mêmes utilisés pour le vol) en pressant son thorax contre la cire, ce qui produit une vibration transmise efficacement par le rayon – un signal vibro-acoustique plutôt qu’un son aérien classique.
Peut-on vraiment entendre ce chant de l’extérieur de la ruche ?
Oui, en collant l’oreille contre la paroi extérieure de la ruche, surtout en période d’essaimage ou de supersédure, car la vibration se propage bien à travers la structure de la ruche.
Pourquoi les reines encore en cellule ne sortent-elles pas plus tôt ?
Les ouvrières les maintiennent enfermées tant que la première reine libre n’a pas quitté la ruche avec un essaim ou éliminé ses rivales, ce qui évite qu’un trop grand nombre de reines s’affrontent simultanément dans la colonie.
Ce chant est-il utile à l’apiculteur en pratique ?
Oui : l’entendre est un indice fiable qu’une émergence de reine est imminente ou en cours, permettant de suivre l’état d’une colonie en période d’essaimage sans avoir à ouvrir la ruche pour vérifier visuellement.



