Piégeage du frelon asiatique : méthodes sélectives et cadre réglementaire

Piégeage sélectif des fondatrices, loi n° 2025-237, pièges non sélectifs : ce qui fonctionne réellement contre le frelon asiatique et ce que dit la loi.

Le piégeage du frelon asiatique repose sur une distinction technique essentielle, trop souvent ignorée : le piégeage sélectif des fondatrices au printemps a un intérêt réel pour limiter l’implantation de nouvelles colonies, tandis que le piégeage au rucher des ouvrières en été et en automne a été jugé non efficace par l’ITSAP (Institut de l’abeille) dès 2015 pour réduire l’impact du frelon sur les colonies. Un cadre légal récent, la loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 et son décret d’application n° 2025-1377 du 29 décembre 2025, structure désormais cette lutte à l’échelle nationale – avec, à la date de rédaction, un plan national encore en cours de finalisation après une consultation publique tenue en avril 2026.

Points clés à retenir

  • Le piégeage sélectif des fondatrices, entre mars et juin selon les recommandations scientifiques, vise à limiter l’implantation de nouvelles colonies avant qu’elles ne se développent.
  • Le piégeage au rucher en période estivale ou automnale, ciblant les ouvrières, a été jugé non efficace par l’ITSAP dès 2015 pour protéger réellement les colonies d’abeilles.
  • La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 et le décret n° 2025-1377 du 29 décembre 2025 structurent désormais un plan de lutte national et des plans départementaux sous l’autorité des préfets.
  • Le frelon asiatique (Vespa velutina) est classé danger sanitaire de deuxième catégorie pour les abeilles au titre du Code rural, et espèce exotique envahissante au titre du Code de l’environnement.
  • Un piège non sélectif (type bouteille) capture indistinctement de nombreux insectes utiles, dont des pollinisateurs, ce qui nuit à la biodiversité locale sans cibler efficacement le frelon.

Table des matières

Frelon asiatique (Vespa velutina) photographié en gros plan
Photo : Didier Descouens, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) relève en France de deux cadres réglementaires distincts qui se superposent. D’une part, il est classé danger sanitaire de deuxième catégorie pour l’abeille domestique au titre de l’article D.201-1 du Code rural et de la pêche maritime, ce qui confie au secteur apicole lui-même, avec un appui réglementaire de l’État, la responsabilité de développer les stratégies de prévention et de lutte. D’autre part, depuis la loi biodiversité du 8 août 2016 transposant le règlement européen 2016/1141 sur les espèces exotiques envahissantes, l’article L.411-6 du Code de l’environnement interdit son introduction, sa détention, son transport et sa vente, tandis que l’article L.411-8 autorise les préfets de département à ordonner des opérations de capture, de prélèvement ou de destruction.

Pourquoi le piégeage sélectif des fondatrices a du sens

Le piégeage sélectif des fondatrices, généralement recommandé entre mars et juin selon les préconisations scientifiques, cible les reines qui cherchent à fonder une nouvelle colonie après avoir passé l’hiver en diapause. Capturer une fondatrice à ce stade empêche mécaniquement la formation d’un nid entier plus tard dans la saison, ce qui explique l’intérêt réel de cette approche pour limiter l’implantation de nouvelles colonies sur un territoire donné, à condition d’utiliser des pièges réellement sélectifs.

Pourquoi le piégeage des ouvrières au rucher est inefficace

Le piégeage mené directement au rucher pendant l’été et l’automne, période où les frelons ouvrières prédatent activement les butineuses aux abords des ruches, a pourtant été jugé non efficace par l’ITSAP – Institut de l’abeille dès 2015 pour réduire l’impact délétère du frelon sur les colonies d’abeilles. À ce stade de la saison, la population d’un nid peut déjà compter plusieurs centaines d’individus : piéger quelques dizaines d’ouvrières autour d’une ruche ne réduit pas significativement la pression de prédation exercée par la colonie de frelons dans son ensemble, tout en risquant de capturer des insectes non ciblés.

Ce que change la loi de 2025

La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025, complétée par le décret n° 2025-1377 du 29 décembre 2025, fait évoluer une approche jusque-là essentiellement collaborative et non contraignante vers un cadre plus structuré : chaque département doit désormais élaborer un plan de lutte propre, adopté par arrêté préfectoral après avis du conseil scientifique régional du patrimoine naturel, dans le prolongement d’un plan national. À la date de rédaction de cet article, ce plan national reste en cours de finalisation, une consultation publique s’étant tenue du 8 au 29 avril 2026 : les détails opérationnels précis (périodes exactes, types de pièges explicitement prohibés au niveau national) ne sont donc pas encore stabilisés partout, et il convient de vérifier l’arrêté préfectoral effectivement en vigueur dans son propre département plutôt que de se fier à une règle nationale uniforme supposée déjà appliquée.

Le problème des pièges non sélectifs

Un piège artisanal non sélectif, du type bouteille percée appâtée à la bière ou au sirop, capture indistinctement de nombreux insectes qui n’ont rien à voir avec le frelon asiatique : abeilles domestiques, papillons, et d’autres pollinisateurs utiles à la biodiversité locale. Ce type de piège, souvent installé de bonne foi par des particuliers inquiets, nuit donc doublement : il ne cible pas efficacement le frelon tout en éliminant des insectes utiles que la démarche cherchait initialement à protéger. Les modèles à ouvertures calibrées, dimensionnées pour laisser sortir les insectes plus petits que le frelon, réduisent sensiblement ce problème sans le supprimer totalement.

Que faire concrètement face à un nid

Face à un nid de frelons asiatiques repéré, la destruction par un professionnel formé reste la réponse la plus fiable, à signaler en priorité à sa mairie ou à sa préfecture plutôt qu’à tenter une intervention personnelle risquée. Notre guide sur le coût de l’enlèvement d’un essaim d’abeilles aborde une problématique voisine mais distincte – il concerne les essaims d’abeilles, une espèce strictement protégée, non les nids de frelons asiatiques, une espèce exotique envahissante soumise à un cadre de destruction spécifique.

FAQ

Le piégeage du frelon asiatique est-il efficace toute l’année ?

Non. Le piégeage sélectif des fondatrices au printemps a un intérêt réel ; le piégeage des ouvrières au rucher en été et en automne a été jugé non efficace par l’ITSAP dès 2015 pour protéger les colonies.

Quelle loi encadre la lutte contre le frelon asiatique en France ?

La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 et son décret d’application n° 2025-1377 du 29 décembre 2025, qui structurent un plan de lutte national et des plans départementaux sous l’autorité des préfets.

Pourquoi éviter les pièges artisanaux type bouteille ?

Parce qu’ils capturent indistinctement de nombreux insectes utiles (abeilles, papillons, pollinisateurs) sans cibler efficacement le frelon asiatique, nuisant ainsi à la biodiversité locale.

Que faire si l’on découvre un nid de frelons asiatiques ?

Signaler le nid à sa mairie ou à sa préfecture et faire appel à un professionnel formé pour la destruction, plutôt que de tenter une intervention personnelle risquée.

Le frelon asiatique a-t-il le même statut légal que l’abeille domestique ?

Non. L’abeille domestique est une espèce protégée, tandis que le frelon asiatique est classé espèce exotique envahissante et danger sanitaire de deuxième catégorie pour les abeilles, soumis à un cadre de destruction spécifique.

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